TelQuel Magazine 21 Mai 2011 : Hockey Rabat Rockett

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Depuis quelques années, le hockey sur glace se fraie un chemin dans le paysage sportif marocain. Activité exotique selon certains, sport d’avenir pour d’autres, il fait en tout cas le bonheur des amoureux de la glisse.

Il est 18 h dans l’enceinte du Mega Mall, dans le quartier diplomatique de Rabat. Les derniers visiteurs de ce temple de la consommation pressent le pas pour effectuer leurs achats. Au milieu de cette cohue, quelques jeunes s’engouffrent dans le centre commercial et ne manquent pas d’attirer l’attention avec leurs coudières, casque, crosse et jambières aux couleurs des “Rabat Capitals”, l’équipe locale de hockey sur glace. Ils se dirigent vers la patinoire. A l’intérieur, la température dépasse à peine les cinq degrés et la quinzaine de hockeyeurs déjà présents se préparent pour la séance d’entraînement, sous le regard de leur coach, Hassan Erramchi, qui veille au grain. “On s’entraîne le lundi et le jeudi dans cette patinoire. C’est la seule qui existe au Maroc”, précise-t-il. Agés de 9 à 14 ans, ces ados sont les futurs espoirs du hockey sur glace marocain. Il est 18h30 quand Hassan pousse un coup de sifflet. Tout le monde est sur ses patins, prêt pour l’entraînement.

L’âge de glace
Tout a commencé quand deux frères, Khalid et Mimoun Mrini, tous deux hommes d’affaires, apprennent l’ouverture du Mega Mall de Rabat en 2005, et de sa patinoire. Installés à Montréal depuis trente ans, Khalid n’avait jamais mis les pieds dans une patinoire, alors que Mimoun avait déjà brisé la glace pendant ses longues années d’études. “Avec l’ouverture de la patinoire, on s’est dit pourquoi ne pas introduire ce sport magnifique au Maroc ? Au début ça faisait rire les gens, mais on a décidé d’aller jusqu’au bout”, se souvient Khalid. Pour commencer, ils créent le premier club marocain de hockey sur glace, qu’ils baptisent les Rabat Capitals, “Caps” pour les intimes. Le travail peut alors commencer. Mais avec quels joueurs ? Pour constituer le premier noyau dur de cette équipe, pas la peine d’aller chercher bien loin. Les Caps se formeront avec les adhérents de la première heure, qui n’ont jamais mis le pied dans une patinoire ou, dans le meilleur des cas, ont déjà pratiqué le street hockey avec des patins à roulettes. “Ayant un peu pratiqué le hockey sur gazon, j’étais venu pour essayer le patinage sur glace, par curiosité. Après de multiples chutes, j’ai appris à tenir debout en patinant à reculons. Quelques mois après, j’avais gagné mon ticket d’entrée chez les Caps”, se souvient Hassan Erramchi.

Rabat on the rock
Quelques mois à peine après l’ouverture de la patinoire et les premiers entraînements, voilà que l’équipe des Rabat Capitals reçoit un fax de la direction du Tournoi International Pee-Wee du Québec, la plus importante compétition de hockey sur glace pour mineurs au monde. L’équipe est invitée à participer à l’édition 2006 du tournoi. “A l’époque, le plus expérimenté de l’équipe n’avait pas plus de six mois de patinage au compteur”, se souvient Khalid Mrini. Vaille que vaille, l’équipe plie bagage et met le cap sur la ville de Québec. Mal équipée et inexpérimentée, ce team venu des contrées chaudes sera la grande curiosité du tournoi. Et pour cause, un des défenseurs des Caps refuse de jouer à cause du poids de l’équipement réglementaire qu’il porte pour la première fois. Il a fallu l’intervention du patron de l’équipe pour le convaincre de jouer quand même. Pour ne rien arranger, les Caps étant habitués à évoluer dans une patinoire de taille moyenne, certains joueurs sont complètement désorientés par les dimensions des patinoires professionnelles de hockey. Peinant à tenir la distance, les matchs leur semblent bien longs. Mais le clou du tournoi reste incontestablement le match qui oppose les Caps à l’équipe de France. “Plus de 14 000 spectateurs criaient pour encourager le petit poucet qu’était le Maroc”, se rappelle Khalid Mrini. Les Caps ont pris une raclée (10 -1), mais on retiendra que le seul point marqué par les Marocains est l’œuvre d’une fille. Le public canadien est conquis.

Cherche équipe nationale
De retour du Québec, les frères Mrini vont commencer à prendre les choses au sérieux, avec pour objectif de constituer ex-nihilo une véritable équipe nationale. Vu que le hockey se pratique uniquement dans les pays de l’hémisphère nord, ils trouvent la parade : “Nous avons décidé d’envoyer des mails à toutes les fédérations européennes et nord américaines de hockey sur glace. Avec, en objet, ‘cherche joueurs d’origine marocaine’”, relate Khalid Mrini. Le résultat ne se fait pas attendre. Les réponses commencent à fuser du Canada, de France, de Hongrie et même d’Israël. Après l’étude de plusieurs CV, la liste des 23 patineurs qui vont constituer l’équipe nationale est bouclée. “C’est un patchwork constitué de la diaspora marocaine de confession musulmane et juive, dont la plupart n’ont jamais mis les pieds au Maroc, comme Omar Neffati, né en Hongrie de père marocain et jouant actuellement au Canada”, souligne Khalid Mrini.
Le premier fait d’armes de cette équipe remonte à 2008, à l’occasion de la première édition des Championnats arabes des nations de hockey sur glace, qui se joue à Abou Dhabi, aux Emirats arabes unis. Le Maroc décroche une médaille de bronze, derrière les Emirats et le Koweït, qui se sont offert les services de joueurs tchèques et hongrois. La même année, l’Association nationale marocaine de hockey sur glace (ANMHG) voit le jour. Elle sera inscrite en mai 2010 auprès de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF), en qualité de “membre associé”. Depuis, deux autres équipes sont venues étoffer la pratique de ce sport, les Rabats Falcons et Rabat Ifis (“lion” en amazigh). Objectif : les Jeux Olympiques d’hiver de 2022. Rendez-vous est pris.

Par Hicham Oulmouddane

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